Merci pour les félicitations. Comme tu le sais très bien, les émotions sont toujours très partagées après un parcours intense dans un tournoi. J’ai joué certains matchs avec un PR correct et d’autres avec un PR que je juge trop faible. J’ai également probablement trop dévié de la théorie optimale contre certains profils adverses, en adoptant un jeu légèrement trop exploitant. En revanche, je n’ai pas commis trop d’erreurs d’inattention. Il s’agissait plutôt de mauvaises évaluations sur certaines positions, qui témoignent d’un manque de compréhension dans certaines configurations.
J’ai pris énormément de plaisir à tenter de jouer à mon meilleur niveau. Il n’y a quasiment qu’à Monaco que tu peux croiser le fer avec Mochy, Michy, Lyloff, Belene, Granstedt ou d’autres grands joueurs, comme j’ai eu la chance de le faire lors des dernières éditions.
La défaite contre Petko reste un peu dure, car j’ai quand même dominé toute la deuxième partie du match et j’ai mieux joué que lui au PR. C’est tout de même un joueur très solide : c’est sa troisième finale à Monaco, donc il n’est évidemment pas là par hasard. Mais il ne joue pas non plus comme Mochy ou Ueda, donc je pensais avoir ma chance contre lui. En menant 13 à 8 et après avoir observé quelques approximations de sa part, aussi bien au cube qu’aux pions, j’ai eu plusieurs occasions de plier le match. Mais les dieux du backgammon et la variance en ont décidé autrement… Il est tout de même resté assez solide dans l’ensemble, et je le félicite pour sa victoire.
En même temps, en prenant un peu de recul, je ne peux pas crier à l’injustice au vu de mon niveau actuel. Ce n’est pas comme si j’avais joué tous mes matchs avec un PR inférieur à 3 avant de perdre…
Oui, j’aime bien cet événement et j’essaie d’y participer chaque année, si mon emploi du temps me le permet. J’aime la Côte d’Azur et son cadre. C’est aussi le rendez-vous de l’année où tu peux retrouver tous les grands champions. Avec Sander Lyloff, on appelle cela « notre petite récréation annuelle ». C’est une parenthèse pendant laquelle tu ne penses qu’à manger avec des amis, te balader, jouer au backgammon, boire un verre, regarder des parties de joueurs de classe mondiale et participer à des chouettes endiablées jusqu’à pas d’heure…
Il est difficile d’avoir des attentes quand on parle de backgammon, un jeu où l’aléa est omniprésent. Mes objectifs sont de jouer du mieux que je peux, d’aborder les matchs un par un, de corriger mes erreurs, d’en tirer des enseignements et de donner du fil à retordre à des joueurs très aguerris. Mais j’avoue qu’une petite place en finale, voire un titre de champion du monde, sonnerait assez bien ! Je continuerai donc à participer à cet événement pour défendre mes chances et tenter de ramener le trophée en France.
J’ai atteint la demi-finale du Speed Gammon et j’ai également participé deux fois à la double consultation, sans succès, mais avec beaucoup de rigolade.
Mon état d’esprit ne change pas durant le tournoi. J’aborde chaque match de manière identique et j’essaie de garder une hygiène de vie correcte afin de maximiser mes chances de jouer à mon meilleur niveau. Le tournoi est repassé en mode d’élimination directe : que tu perdes au premier ou au septième tour, c’est pareil, tu es éliminé. En ce qui me concerne, seul le titre m’intéresse, donc chaque match a exactement la même valeur. Il est important de ne pas se projeter.
Mon premier tour a duré vingt minutes, avec un cube à 16 contre un jeune joueur, Farzan, qui a très bien joué. J’ai ensuite disputé un match relativement facile contre un joueur récréatif de Floride. Puis j’ai affronté un autre joueur français, Frédérique Teoule, qui a très bien joué, mais contre lequel les dés ont été impitoyables. Un match à sens unique.
J’ai ensuite rencontré un autre joueur récréatif, avec des comportements très limites. Mais il faut faire avec et savoir rester concentré sur son match.
J’ai ensuite fait face à un joueur japonais très appliqué, Sam Mizutani. Je mène 16 à 7, mais je n’arrive pas à conclure… Il remonte jusqu’à 16-12 et je parviens enfin, péniblement, à terminer le match.
Vient ensuite le match contre Jorgen Granstedt, triple champion du monde, disponible en replay sur le stream de Backgammon Galaxy. Je ne m’attendais pas à recevoir de cadeau et je n’ai pas été déçu : il est très coriace. J’avais toutefois recueilli au préalable quelques informations sur sa façon de jouer. Le DMP est assez fou : il enchaîne double 4, double 6, puis encore double 6, et m’oblige à sortir un double 3 au dernier coup pour l’éliminer. J’ai eu chaud !
Reste enfin la demi-finale contre Petko, durant laquelle je n’ai pas vraiment pu combattre son « run ». Il est resté très peu de temps à la barre, a retourné quelques parties improbables, sauvé une poignée de balles de match et jeté des doubles au bear-off… Il a joué à un niveau très correct et c’était clairement sa semaine. Bravo à lui.
Non, nous ne nous sommes pas du tout croisés cette semaine. Ce n’est pas facile quand tu enchaînes autant de matchs… Je le félicite pour sa très belle performance !
Voici deux positions intéressantes issues du match contre Pekco.
Dans la première, il mène 8-4. Le cube est activé à 2 chez lui. Il a déjà réalisé pas mal de miracles pour sortir de la barre à chaque fois et je me retrouve dans cette position, où je jette l’un de mes pires dés : 52. Il existe une option tranquille, 15/8, mais je lui laisse alors la possibilité soit d’extraire librement son pion du point 21, soit de me faire porte sur tête ou un pick and pass dans son board. J’ai décidé de jouer le coup de panache en banana split, 6/1 6/4, de jouer sur son gala ou sur une entrée maladroite, et d’essayer de ramener son deuxième pion à la barre. D’après les hurlements qui ont suivi cette séquence et le gala de Petko, je crois que les commentateurs ont apprécié ce coup « champagne », qui est quasiment à égalité en EV avec un 15/8 plus passif.

Dans la deuxième, je mène 13-8 avec le cube à 2 chez moi. Je roule 62 et je peux mettre deux blots à la barre. J’ai néanmoins décidé de slotter le point 5, car je pense que la double frappe « gagnante » est un mirage. Il est difficile de gagner sans le point 5. Mon adversaire peut facilement sortir ses deux hommes contre un board à deux points. Je me retrouve ensuite avec quatre blots dans la nature, contre un board intérieur de cinq portes, sans ancre, alors que mon avance au score m’amène à redouter le gammon.

Les commentateurs ont dit que j’avais « jeté un joker à la poubelle ». Ils n’ont pas compris qu’il était prématuré de shooter et qu’il serait difficile pour Noir de ramener tranquillement tous ses hommes, compte tenu de mes ancres aux points 18 et 23, lorsque j’aurais un board intérieur plus menaçant. Un roll-out me donne raison, avec un play supérieur de 0,45, ce qui est tout de même assez significatif dans une position aussi volatile, où quatre points peuvent se jouer d’un côté ou de l’autre au score.
La dernière, puisque tu l’as demandé, est un bad beat sanglant. J’ai presque 90 % de chances de passer à 16-12 dans un match en 17 points à partir de cette position. Remarque qu’après son double 6, il n’a que 47 % de chances de gagner cette course. Il faut donc encore qu’il roule au-dessus de la moyenne et que je roule en dessous… Comme le dit le dicton : « Les mêmes choses qui te font rire peuvent aussi te faire pleurer ! » Ce jour-là, la chance était du côté de Petko.
J’aime profondément ce jeu, même s’il présente un paradoxe. Toute ta science, ton étude, ton sérieux et tes efforts peuvent être balayés par un coup de dés malheureux. Néanmoins, c’est un jeu magnifique, à l’image de la vie : imprévisible, avec ses hauts et ses bas, où se côtoient loups et agneaux, et où, parfois, c’est le loup qui se fait manger… J’adore jouer au backgammon, même sans enjeu, ni argent ni compétition, ce qui démontre sa complexité, son charme, sa richesse et son côté « fun ».
Ce qui est fou, c’est que tu peux y jouer pendant vingt ans et toujours découvrir des positions « challengeantes » et difficiles à résoudre. Même de grands maîtres internationaux commettent encore parfois des blunders à 200, voire 300… La quête d’apprentissage est sans fin dans ce jeu, ce qui le rend très attractif.
Je vais te faire une confidence. Ce parcours jusqu’en demi-finale m’a amené à me remettre en question sur certaines positions et certaines situations, et m’a permis de constater certaines limites dans ma compréhension du jeu. Bien que cela ne garantisse malheureusement pas la gagne, je compte me remettre à étudier le backgammon un peu plus en profondeur, reprendre des cours avec des coachs, et lire ou relire les ouvrages des géants que sont Michy, Zizka, Tardieu et Schiemann. Et, bien sûr, « La Mécanique du cube en partie libre » ! (Chenevière, 2025.)
Pourquoi ne pas participer également à quelques autres événements, en dehors des Championnats du monde de Monaco, notamment à des tournois organisés par Arda Findikoglu ou par la FFBG ?